Hiver 2003 - 2004

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NEIGE  

Il neige à gros  flocons, merveille des merveilles !
Le village engourdi qui ne sait pas sommeille.
Tandis que doucement, l’aurore aux doigts tremblants
Emmitoufle les toits dans son grand châle blanc.

Le silence est profond dans le petit matin,
Que vient troubler parfois, là-bas, dans le lointain,
Dévorant la campagne, apprivoisant l’espace,
Le galop assourdi d’un train cheval qui passe.

Nul n’est encor venu fouler le frais tapis,
Et les flocons légers qui tombent sans répit,
Emprisonnant les champs, les jardins, les halliers,
Vont faire le bonheur des petits écoliers.

Que de belles parties de boules sont promises !
Et puis, sculpteurs naïfs que l’hiver improvise,
Ils feront le bonhomme, avec un nez bien long,
Et un manche à balai planté dans son giron.

Tombe, tombe la neige, merveille des merveilles !
Le village engourdi, qui peu à peu s’éveille
Ouvrant enfin les yeux de ses maisons offertes,
Fait petit à petit la grande découverte.

Il neige, regardez. Il neige, mes amis !
Grande soit notre joie, que ce jour soit béni !
Retrouvons l’innocence et notre âme d’enfant,
Nous aurons cette année un joli noël blanc.

 

 

 

 

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L'ORANGE              

C’était dans les hivers de mes jeunes années,
Quand innocente encor, et le cœur en émoi,
Je mettais mes chaussons devant la cheminée
Pour vivre la magie des Noëls d’autrefois.

Il y avait longtemps que selon la coutume,
J’avais écrit déjà au vieillard généreux.
Lorsque je regagnais mon douillet lit de plume,
Je ne voyais que lui dans mes rêves heureux.

Parmi tous les cadeaux et toutes les merveilles
Que le matin suivant je devais découvrir,
C’est une simple orange, à la robe vermeille
Qui me causait alors le plus grand des plaisirs.

A cette époque là, il était impensable
De la pouvoir goûter tout au long des saisons.
Elle ne m’en semblait que bien plus délectable,
Je ne la recevais qu’à cette occasion.

Je la faisais durer au-delà du possible,
Je ne la dégustais que petit à petit,
Retardant ce moment de regret indicible
Qui me faisait haïr mon coupable appétit.

Il y a maintenant de nombreuses bougies
Accrochées aux rameaux de l’arbre de mes jours.
Je ressens quelquefois un peu de nostalgie,
Car le temps s’est enfui comme ruisseau qui court.

Mais des beaux souvenirs de mes jeunes années,
A l’heure de l’enfant et de l’étoile au ciel,
C’est une simple orange, à peine enrubannée,
Qui a gardé pour moi le parfum de Noël.

 

 

 

 

 

 

 

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HIVERNALE

C’est le petit matin, il gèle à pierre fendre.
Il n’y a aucun bruit dans le jardin figé.
Le merle, le pinson ne se font plus entendre.
Le décor familier a tout à coup changé.

Un voile scintillant emmitoufle les arbres,
Les cyclamens noircis, les bordures d’œillets.
Le givre a recouvert la fontaine de marbre
Où ne s’abreuve plus l’abeille de juillet.

Accrochées au portail, des toiles d’araignées
Offrent leurs napperons crochetés de fil blanc.
Dans le patio désert, la chaise dédaignée
N’accueille plus l’ami, sincère, vigilant.

Sur la vitre le gel sculpte des paysages,
Des roses, des palmiers ou l’envol d’un oiseau.
Implacable, cruel, dans sa quête sauvage,
Il a emprisonné l’eau vive du ruisseau.

Sur l'Indre, près du pont, les canards se rassemblent,
Indifférents à tout, jacassant, caquetant ;
Sur l’onde qui verdoie, ils régatent ensemble,
Ignorant la froidure et la rigueur du temps.

Un soleil pâle et froid en cet instant se lève
Sur les arbres meurtris du petit bois. Pourtant,
Il est doux de penser qu’à la première sève,
L’hirondelle dira le retour du printemps.

 

 

 

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RÊVE DE NOËL

Auprès du grand sapin, tout couvert de guirlandes,
Ses branches étoilées brillant de mille feux,
A l’heure où le vieillard revêt sa houppelande,
L’enfant s’est endormi, du rêve plein les yeux.

Il n’a pas entendu les soupirs de la bise,
Le clocher qui tintait depuis l’après-dîner,
Les cortèges joyeux se rendant à l’église
Pour fêter à minuit le divin nouveau-né.

Devant l’âtre accueillant où danse une flambée,
On a posé chaussons, bottines et sabots,
Sagement alignés sitôt la nuit tombée
Pour recevoir jouets, chocolats et cadeaux.

Il va rêver, l’enfant, qu’il est sur un nuage.
Que le monde est petit quand on est tout là-haut !
Le bonhomme aux yeux doux, au paisible visage
Lui permet de mener les rennes du traîneau.

L’attelage enchanté, tout nimbé de lumière
Galope dans le ciel au son de ses grelots.
Dans chaque cheminée, palais, humble chaumière,
Le bon père descend, sa hotte sur le dos.

Il est heureux, l’enfant, plein de reconnaissance
D’avoir été choisi pour ce noble parcours.
Il se dit que peut-être,
  avec un peu de chance,
Le monde de demain ne sera plus qu’amour.

Auprès du grand sapin scintillant de guirlandes,
De boules argentées aux couleurs d’arc-en-ciel,
Alors que le vent fou s’acharne sur la lande,
Un enfant va bercer son rêve de Noël.

Renée Jeanne Mignard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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