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NEIGE
Il neige à gros flocons,
merveille des merveilles ! Le village engourdi qui ne sait pas sommeille. Tandis que doucement, l’aurore aux doigts tremblants Emmitoufle les toits dans son grand châle blanc.
Le silence est profond dans le petit matin, Que vient troubler parfois, là-bas, dans le lointain, Dévorant la campagne, apprivoisant l’espace, Le galop assourdi d’un train cheval qui passe.
Nul n’est encor venu fouler le frais tapis, Et les flocons légers qui tombent sans répit, Emprisonnant les champs, les jardins, les halliers, Vont faire le bonheur des petits écoliers.
Que de belles parties de boules sont promises ! Et puis, sculpteurs naïfs que l’hiver improvise, Ils feront le bonhomme, avec un nez bien long, Et un manche à balai planté dans son giron.
Tombe, tombe la neige, merveille des merveilles ! Le village engourdi, qui peu à peu s’éveille Ouvrant enfin les yeux de ses maisons offertes, Fait petit à petit la grande découverte.
Il neige, regardez. Il neige, mes amis ! Grande soit notre joie, que ce jour soit béni ! Retrouvons l’innocence et notre âme d’enfant, Nous aurons cette année un joli noël blanc.
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L'ORANGE

C’était
dans les hivers de mes jeunes années, Quand
innocente encor, et le cœur en émoi, Je mettais
mes chaussons devant la cheminée Pour vivre
la magie des Noëls d’autrefois.
Il y avait
longtemps que selon la coutume, J’avais
écrit déjà au vieillard généreux. Lorsque je
regagnais mon douillet lit de plume, Je ne
voyais que lui dans mes rêves heureux.
Parmi tous
les cadeaux et toutes les merveilles Que le
matin suivant je devais découvrir, C’est une
simple orange, à la robe vermeille Qui me
causait alors le plus grand des plaisirs.
A cette
époque là, il était impensable De la
pouvoir goûter tout au long des saisons. Elle ne
m’en semblait que bien plus délectable, Je ne la
recevais qu’à cette occasion.
Je la
faisais durer au-delà du possible, Je ne la
dégustais que petit à petit, Retardant
ce moment de regret indicible Qui me
faisait haïr mon coupable appétit.
Il y a
maintenant de nombreuses bougies Accrochées
aux rameaux de l’arbre de mes jours. Je ressens
quelquefois un peu de nostalgie, Car le
temps s’est enfui comme ruisseau qui court.
Mais des
beaux souvenirs de mes jeunes années, A l’heure
de l’enfant et de l’étoile au ciel, C’est une
simple orange, à peine enrubannée, Qui a gardé
pour moi le parfum de Noël.
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HIVERNALE
C’est le
petit matin, il gèle à pierre fendre. Il n’y a
aucun bruit dans le jardin figé. Le merle,
le pinson ne se font plus entendre. Le décor
familier a tout à coup changé.
Un voile
scintillant emmitoufle les arbres, Les
cyclamens noircis, les bordures d’œillets. Le givre a
recouvert la fontaine de marbre Où ne
s’abreuve plus l’abeille de juillet.
Accrochées
au portail, des toiles d’araignées Offrent
leurs napperons crochetés de fil blanc. Dans le
patio désert, la chaise dédaignée N’accueille
plus l’ami, sincère, vigilant.
Sur la
vitre le gel sculpte des paysages, Des roses,
des palmiers ou l’envol d’un oiseau. Implacable,
cruel, dans sa quête sauvage, Il a
emprisonné l’eau vive du ruisseau.
Sur l'Indre, près du pont,
les canards se rassemblent, Indifférents
à tout, jacassant, caquetant ; Sur l’onde
qui verdoie, ils régatent ensemble, Ignorant la
froidure et la rigueur du temps.
Un soleil
pâle et froid en cet instant se lève Sur les
arbres meurtris du petit bois. Pourtant, Il est doux
de penser qu’à la première sève, L’hirondelle
dira le retour du printemps.
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RÊVE DE NOËL
Auprès du
grand sapin, tout couvert de guirlandes, Ses
branches étoilées brillant de mille feux, A l’heure
où le vieillard revêt sa houppelande, L’enfant
s’est endormi, du rêve plein les yeux.
Il n’a pas
entendu les soupirs de la bise, Le clocher
qui tintait depuis l’après-dîner, Les
cortèges joyeux se rendant à l’église Pour fêter
à minuit le divin nouveau-né.
Devant
l’âtre accueillant où danse une flambée, On a posé
chaussons, bottines et sabots, Sagement
alignés sitôt la nuit tombée Pour
recevoir jouets, chocolats et cadeaux.
Il va
rêver, l’enfant, qu’il est sur un nuage. Que le
monde est petit quand on est tout là-haut ! Le bonhomme
aux yeux doux, au paisible visage Lui permet
de mener les rennes du traîneau.
L’attelage
enchanté, tout nimbé de lumière Galope dans
le ciel au son de ses grelots. Dans chaque
cheminée, palais, humble chaumière, Le bon père
descend, sa hotte sur le dos.
Il est
heureux, l’enfant, plein de reconnaissance D’avoir été
choisi pour ce noble parcours. Il se dit
que peut-être, avec un peu de chance, Le monde de
demain ne sera plus qu’amour.
Auprès du
grand sapin scintillant de guirlandes, De boules
argentées aux couleurs d’arc-en-ciel, Alors que
le vent fou s’acharne sur la lande, Un enfant
va bercer son rêve de Noël.
Renée
Jeanne Mignard
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