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AUBE
L’aurore a déchiré les voiles de la
nuit. Le ciel s’est empourpré tel orange
sanguine. Une étoile se meurt derrière la
colline. La colombe esseulée roucoule son
ennui.
Dans le bois clair-obscur s’agitent
les oiseaux. Le lys va se parer de perles de rosée. Sous le soleil levant, la nature
apaisée S’apprête à célébrer l’aube d’un
jour nouveau.
Compagnon gracieux du rêve
romantique, Poète de la nuit au chant mélancolique, Le rossignol s’est tu aux premières
lueurs.
Sous le ciel pâlissant la campagne endormie, Fière de sa beauté, prodigue de ses
fleurs, Pour
tout un jour encor va renaître à la vie.
Renée Jeanne Mignard
RENOUVEAU
S’en
revient le printemps, Magie
des aubes claires, Du
réveil de la terre, Des
brumes sur l’étang.
Dans le
jardin déjà Sont nés
la pâquerette, La douce
violette, L’odorant
seringa.
Parterre
diapré, Lumineuse
présence, Fleurs
de la renaissance Reposant
sur le pré.
Jonquille
canari, Jacinthe,
cinéraire, Narcisse,
primevère, Tulipe,
muscari.
L’arbre
que le très haut Priva de
sa parure, Tend ses
vertes ramures Aux
petits des oiseaux.
Murmures
des ruisseaux Doux
écrins de verdure, C’est
toute la nature Qui dit
le renouveau.
Que de
grâces, printemps, Nous
avons à te rendre Quand
l’avril au cœur tendre Ensoleille
le temps.
Haut
dans le ciel serein, Aux
couleurs d’aquarelles Dansent
les hirondelles. Il fera beau demain.
Renée Jeanne Mignard
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COMPLAINTE
Un
jour du mois de mai, la touffe de muguet, Lasse
d’avoir les pieds dans le même sabot, Sortit
de son logis et quitta la forêt Pour
aller voir ailleurs si le monde était beau.
Elle
partit tout droit, ne se retourna pas. Fredonnant
doucement, ou chantant de bon cœur, Appuyée
sur sa crosse, elle allait d’un bon pas Les
kilomètres, vrai, ne lui faisaient pas
peur.
Je
remercie le ciel d’être toujours vivante, Se dit-elle
soudain à la fin d’un couplet. J’ai
eu peur de ces gens et de leurs mains méchantes. Ils
nous tuent sans remords pour faire des bouquets.
Leurs
grands pieds maladroits nous pressent, nous écrasent. Nous
souffrons mille morts avant d’être cueillis. Et
nous nous retrouvons dans l’eau d’un petit vase Sur
un marbre, un buffet, une table de nuit.
C’est
un cruel destin que le ciel nous impose. Je
sais bien qu’il en est ainsi de chaque fleur, Mais
nous avons en plus un petit quelque
chose. Est-il
vrai ; dites-moi, que nous portons bonheur ?
Eh
oui, c’est pour cela que les hommes nous cueillent, Qu’ils
nous vendent partout le premier jour de mai. Nos
clochettes parfum, dans leur écrin de feuilles Leur
apportent l’espoir, et tout ce qu’il permet.
Si
c’est bien pour cela que nous venons au monde, Mieux
vaut m’en retourner, regagner le logis, M’endormir
doucement dans la forêt profonde. Au
mois de mai prochain, j’aurai beaucoup grandi. Fière
comme jamais de mes clochettes neuves, Quand
un petit enfant s’approchera de moi, Oubliant
ma douleur, stoïque dans l’épreuve, Je
lui dirai tout bas : je suis là, cueille –moi !
Renée Jeanne Mignard
LA
ROSE ET LE JARDINIER
Rêvant
parmi les fleurs écloses, Sous
le doux soleil printanier, Un
beau jour je vis une rose Qui
embrassait un jardinier.
La
chose était par trop étrange. Je
n’en pouvais croire mes yeux. Pourtant,
l’inconcevable échange, Le
jamais vu avait bien lieu.
Les
joues empourprées, notre rose Offrait
son calice odorant. Le
jardinier, paupières closes, Humait
son parfum enivrant.
Mais
un intrus rompit le charme. Bien
à regret, l’air très ému, Le
jardinier rendit les armes Et
fit place au nouveau venu.
Par
trop volage était la belle. Sous
le regard d’un moinillon, Notre
rose vile infidèle Se
donna à un papillon.
C’est
vrai, et vous pouvez m’en croire. Et
personne ne peut nier, Qu’elle
était belle cette histoire D’une
rose et d’un jardinier.
Renée Jeanne Mignard
LES
PETITS BONHEURS
Tu
dis que le bonheur est trésor de la vie, Qu’il
est bien difficile ici-bas de trouver. C’est
la quête du cœur, une étrange
alchimie Des
sentiments confus que l’on peut éprouver.
Il
suffit quelquefois du parfum d’une rose Pour
se sentir léger, joyeux comme pinson. Une
averse d’avril un oiseau qui se pose, Une
aube de printemps, l’écho d’une chanson.
Il
est mille plaisirs qui font belle la vie. Une
soirée d’été sous les acacias, La
lettre d’une sœur, l’épaule d’une amie, Le
rire d’un bambin qui fait ses premiers pas.
Mais
ce peut être aussi la cascade qui gronde, La
valse de Ravel, un tableau de Gauguin, Les
larmes de la pluie sur l’Indre
vagabonde, Le
pur enchantement d’une œuvre de Chopin.
La
vigne généreuse au soleil de septembre, Une
vague qui meurt sur la plage dorée, La
magie de Noël dans la nuit de décembre, Les
violons du vent, un feu de cheminée.
Tous
ces petits bonheurs que le ciel nous dispense Sont
source de bien-être et de sérénité. Hâtons-nous
d’en fleurir notre brève existence Avant
que de songer à notre éternité.
Renée Jeanne Mignard
LE
COUCOU
Dès
l’aube ce matin a chanté le coucou. Je ne
sais si cela vous inspire beaucoup, Mais
j’éprouve à l’entendre une certaine joie. Et
pourtant, disons-le, il faut bien qu’on le croie, Cette
pendule à plumes n’est pas bon apôtre. Il
dépose ses œufs dans le logis d’un autre, Se
moque éperdument de sa progéniture, Et nous
donne à penser que Madame Nature, Le jour
qu’elle créa l’infâme profiteur, Il n’en
faut pas douter, avait la tête ailleurs.
Mais
cela ne fait rien. Quand j’entends le coucou, Je me
prends à sourire, et je me dis surtout L’oreille
chatouillée par son appel flûté Que le
printemps est là, et qu’arrive l’été. Que
dans l’abri feuillu de l’arbre centenaire, Sur le
chemin poudreux qui mène à la rivière, Un
oiseau du Bon Dieu, insouciant, moqueur, Un
clair matin d’avril m’a mis la joie au cœur. Je ne
sais si cela vous fait pareil à vous ... Dès
l’aube ce matin a chanté le coucou.
Renée Jeanne Mignard
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