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Acrylique de pierre Coutreau www.coutreau.net
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"Juste un peu de lumière" Mireille Dubois-Vanhove www.mireille-dubois-vanhove.com
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La dévote
Il est presque midi. C’est dimanche matin. De l’église elle sort, un missel à la main. Toute de noir vêtue depuis bien des années, A grands pas elle va, perdue dans ses pensées. -Le sermon du curé rendait bien aujourd’hui. Et cet enfant de chœur, il était si petit ! L’autel était très beau, ce n’était qu’une fleur. J’ai porté mon bouquet tout près du Sacré-Cœur.
Madame B portait une jolie fourrure. Elle doit coûter cher. Et pourtant je suis sûre Qu’à la quête j’ai vu sa petite menotte Déposer dans le tronc un bouton de culotte. Nous n’étions pas beaucoup à la communion. Et notre harmonium, il n’est vraiment pas bon. Ah !que j’ai de regrets de l’office en latin. Cette messe en français ne signifie plus rien. On lui a enlevé son faste, son mystère. Mais il en est ainsi, nous devons nous y faire.
Je suis pleine de joie quand je vais à confesse. J’aime le prie-Dieu sous mon genou qui s’abaisse, Le chapelet glissant sur mon doigt engourdi. Mais là-bas le clocher sonne déjà midi. Elle presse le pas. Silhouette qui penche, Elle s’en va quérir le gâteau du dimanche.
Elle tient à présent, à plat dans sa main droite Le baba savoureux, reposant dans la boîte Habillée de papier monté en pyramide. Chez elle la voilà, dans la maison trop vide. Ne mettra qu’un couvert. Personne ne viendra Partager en ami le modeste repas. Elle n’en souffre pas. Elle le veut ainsi. Son cœur est au repos, sans heurts et sans souci.
Reprenant le tricot et l’écheveau de laine, Elle se voit déjà la semaine prochaine Les cierges allumés, la nef illuminée, La senteur de l’encens, l’odorante fumée, Les gens qu’elle salue, bien qu’elle ne les aime, C’est le bien-être vrai, c’est le bonheur extrême, Et dans un grand élan, du plus profond du cœur, Elle bénit son sort, remercie le Seigneur.
Il est presque midi. C’est dimanche matin. De l’église elle sort, un missel à la main. Toute de noir vêtue, silhouette qui penche, Elle s’en va quérir le gâteau du dimanche.
Renée Jeanne Mignard
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Le bébé
Ce matin, bébé a souri. C’était sa première risette. Pour un couple tout attendri, Aujourd’hui sera jour de fête
Contemplant le cher petit ange Qui leur a offert ce cadeau, Ils vivent un moment étrange, Les yeux rivés sur le berceau
Oh la merveilleuse surprise, Bébé a dit son premier mot ! Areu, areu ! Minute exquise, C’est bizarre, mais c’est si beau !
Un beau jour, bien qu’ils s’y attendent, Bébé a fait ses premiers pas. Malhabiles, ses mains se tendent Vers le refuge de leurs bras.
C’est le temps de peluche douce, De gros nounours qu’on aime tant. On s’endort en suçant son pouce, Le printemps succède au printemps.
C’est le premier jour de l’école, La maternelle, évidemment. Implacable, le temps s’envole, Bébé a trois ans maintenant.
C’est cruel de quitter sa mère, C’est nouveau, bien sûr il a peur. Séparation bien amère, Il a des sanglots plein le cœur.
Le soir, il n’y paraîtra guère, Car le bambin tout réjoui Retrouvera son petit frère Qui a fait risette pour lui.
Renée Jeanne Mignard
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Le comédien
Un théâtre à Paris. C’est un soir de première. Un spectacle nouveau. Sera-t-il éphémère, Ou bien son grand succès durera-t-il longtemps ? La salle se remplit, et le public attend Le magique moment, l’instant où tout à coup, Derrière le rideau résonnent les trois coups. Bavardant à mi-voix, feuilletant le programme, On est venu vibrer, et applaudir le drame.
Et pendant ce temps là, loin de tout, isolé, Tout tremblant, mort de trac et comme écartelé, Le comédien connu, qui joue le premier rôle, Sent un énorme poids lui alourdir l’épaule. Il marche sans arrêt comme lion en cage, Et se met à douter du joli personnage Qu’il doit interpréter devant le Tout-Paris. La sueur perle à son front et la peur l’envahit.
Il ne pourra jamais articuler un mot. Il rougit, il blêmit, il a froid dans le dos, Son cœur cogne très fort, il n’a plus de salive, Et lorsque le moment tant obsédant arrive, Ses jambes sont chiffons, le supportent à peine. La sonnerie lui dit de rejoindre la scène. Le silence se fait, et la rampe s’allume. Un tout dernier regard aux plis de son costume.
Un peu de fond de teint sur son visage froid, Et pour mieux conjurer ce persistant effroi, Retrouvant son maintien et sa soif de conquête, Il gagne le plateau, portant bien haut la tête. Quelques heures plus tard, à la fin de l’exploit, Alors que le rideau s’est relevé vingt fois, Que le public debout lui a donné son cœur,
Il sait qu’il a gagné, que c’est lui le meilleur. Ainsi il en sera de même chaque soir. En se démaquillant devant le grand miroir Qui lui rend peu à peu les traits de son visage, Il entrevoit l’après. Bien sûr il envisage Qu’on joue guichets fermés, qu’on fête la centième Qu’il tourne dans un film, et peut-être un deuxième. Son talent reconnu lui vaudra le César. Il est parmi les grands au sommet de son art.
Son succès mérité ne connaît pas de trêve. Alors il crie soudain, pour prolonger le rêve, Caressant cet habit qu’il remettra demain : Ah ! Le joli métier que d’être comédien !
Renée Jeanne Mignard
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Sonnet à la belle
Sous le néon doré de l'enseigne d'un bar, Une belle de nuit arpente le trottoir, Juchée tant bien que mal sur ses talons aiguille, Un mignon bracelet enserrant sa cheville.
Sa jupette de cuir découvrant ses genoux, Elle arpente la rue sans se soucier de nous, Souriant aux passants comme c'est la coutume, Elle fait les cent pas sur son coin de bitume.
Ô femme, mon amie, qui proposes tes charmes, Savons-nous à quel prix et de combien de larmes Tu paies nuit après nuit ton tribut à l'amour?
Quand au petit matin tu rejoins ton foyer, Pour reposer enfin jusqu'à la fin du jour, Ton lit frais aux draps blancs n'a qu'un seul oreiller.
Renée Jeanne Mignard
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Ma grand'mère....La Jeanne
C'est elle qui veilla sur nos jeunes années. En ce temps mes parents, absents maintes journées, Travaillant tous les deux,et voyageant parfois, Confiaient à ses soins mon frère Paul et moi. C'était notre grand-mère, Anne de son prénom. Jeanne nous l'appelions, et sa grande maison, Dans le cadre fleuri d'un faubourg de Nevers, Fut pendant bien longtemps notre seul univers.
Notre grand-mère était l'ainée de sept enfants. Elle dut travailler dès l'âge de huit ans, L'hiver comme l'été, cinquante-deux semaines, Sans vacances, jamais, sans ménager ses peines. La vie était vraiment très rude en ce temps là, A un point qu'à présent on n'imagine pas, Et l'enfant qui plus tard deviendrait ma grand-mère, A dû trouver souvent cette vie bien amère.
Elle n'eut pas le droit d'apprendre le savoir, De s'asseoir sur son banc devant le tableau noir. Mais son bon sens inné de paysanne sage Compensait,croyez-moi, son manque de bagage, Et son instinct aigu, sa grande clairvoyance, Témoignaient largement de son intelligence.
Ce n'était pas vraiment une mémé gâteau. Elle avait trop souffert, et le magique mot Qui savait apaiser, consoler ou distraire Ne faisait pas partie de son vocabulaire. Mais elle était toujours curieuse de nous, Et j'aimais m'endormir le soir sur ses genoux, Le visage caché dans son grand tablier, Qui fleurait bon l'odeur des pommes du cellier.
Puis le temps a passé. J'ai grandi, fait ma vie. Mais de me voir souvent, elle éprouvait l'envie. Quand un matin d'avril elle ferma les yeux, Qu'elle n'eut pas le temps de dire son adieu, Ma peine fut immense, et je savais déjà Qu'une part de moi-même était partie là-bas. Depuis, malgré le temps, les peines, la rancoeur, Elle est à tout jamais vivante dans mon coeur.
Ma grand-mère n'était qu'une humble paysanne. Elle était merveilleuse. On l'appelait la Jeanne.
Renée Jeanne Mignard
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Candide
Candide, mon ami, toi qui crois aux chimères, Laisse les gens blasés rire de ta candeur. Fais fi de l’ironie, des paroles amères. Ils ne comprennent pas ta trop grande pudeur.
Tu traverses la vie sans heurts, sans un nuage, Libre comme jadis l’était le baladin. Tu as pour compagnons le simplet du village, Les enfants, les oiseaux, les roses du jardin.
Tu es plus innocent que l’agneau d’aujourd’hui. Tu ignores l’envie, la haine, la rancœur. Posant sur ce qui vit ton regard ébloui, Tu berces chastement des rêves dans ton cœur.
Tu ne vois pas le mal que s’inflige le monde. Chaque journée qui vient est un nouveau trésor. Tu n’entends pas les cris de la meute qui gronde, Et c’est le front serein que le soir tu t’endors.
Rêveur impénitent, riche de tes chimères, Tu quêtes l’absolu jusqu’à la déraison. Tant pis pour les railleurs, les méchantes commères. Candide, mon ami, c’est bien. Tu as raison.
Renée Jeanne Mignard
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La veuve
Son mari l’a quittée, un matin de printemps. Elle n’a pas pleuré ce jour là, mais pourtant, Il fut son univers, la raison de ses jours, Son unique souci, ses uniques amours. Au long de trente années, vécurent cœur à cœur, Pour le bon, le mauvais, le pire, le meilleur, Remerciant le ciel à chaque aube nouvelle, Qu’ils vivaient plus épris, et chacun plus fidèle. Quand il s’est endormi ce jour là, dans ses bras, Elle n’a pas pleuré. Elle savait déjà Que nul autre en son cœur ne le remplacerait, Que dans son souvenir toujours elle vivrait.
Elle lui parle encor souvent, dans la journée, Caresse doucement la veste abandonnée Qui garde dans ses plis l’odeur de son tabac. Arrange le fauteuil comme s’il était là, Cueille chaque main un frais bouquet nouveau Pour le grand vase bleu posé sur le bureau. Lorsque le soir descend, que le jour disparaît, Elle allume la lampe et ferme le volet, Puis ainsi qu’elle fait depuis lors le dimanche, Installe deux couverts sur une nappe blanche. Dans la chambre sans vie, quand le lit d’autrefois Est devenu si grand qu’elle avait toujours froid, Elle n’oublie jamais, avant de sommeiller, De mettre à ses côtés un deuxième oreiller.
Elle a peu de photos, n’en sent pas le besoin. Les traits de son visage, elle les voit si bien ! Les parents, les amis qui lui rendent visite S’étonnent fréquemment de l’étrange conduite, Et cherchent à savoir le pourquoi, le comment. Elle ne répond pas, leur sourit gentiment, Et pense qu’après tout, ce n’est pas leur affaire. Comment comprendraient-ils qu’en vivant sa chimère, Niant la vérité, refusant de la voir, Elle ait à tout jamais dit non au désespoir.
Son mari est parti, ce matin de printemps. Le bonheur l’a quittée, depuis bien trop longtemps.
Renée Jeanne Mignard
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Méditation
Le vieil homme seul marche sur la plage. Il fait beau. Le sable est chaud à ses pieds. Sous le dais d’azur d’un ciel sans nuage, La mer doucement berce ses voiliers.
Le vieil homme s’est assis sur le sable. Perdu dans ses pensées, il a fermé les yeux. -J’ai vécu longtemps, heureux de temps en temps. J’étais important, et pourtant, Je ne connais pas le langage des fleurs, Ni la couleur des galets roulés par la mer.
Je n’ai jamais suivi le vol d’un oiseau dans le ciel clair. Jamais écouté le chant du rossignol, Jamais entendu le bruit des sources. Je n’ai jamais respiré l’odeur d’un sous-bois, Ni contemplé un coucher de soleil, Rêvé au clair de lune, Dormi sous les étoiles.
Je n’ai jamais décoré un sapin de Noël, Jamais embrassé quelqu’un sous le gui, Jamais tenu la main d’un enfant. J’ai vécu sans voir, sans partager, sans m’émouvoir. Et puis je suis devenu vieux, sans m’en apercevoir. N’est-il pas trop tard ?
Ai-je encor le temps de m’enthousiasmer ? Ai-je encor le temps d’aimer ? N’est-il pas trop tard ? Puis-je encor espérer ?
Le vieil homme seul rêve sur la plage De jours merveilleux tout ensoleillés. Et pendant ce temps, accueillante et sage, La mer doucement, berce ses voiliers.
Renée Jeanne Mignard
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"Deux amoureux" toile de Claudy www.chezclaudy.com
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"Le temps venu" huile sur toile de André Julien http://membres.lycos.fr/ddlepeintre/galeriedd/galeriep1.htm
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Ma gratitude à mes amies et amis peintres et photographes pour leur permission d'illustrer mes poèmes avec leurs oeuvres. Un grand merci à toutes et à tous. Renée Jeanne
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Les poèmes de Renée Jeanne Mignard sont la propriété de l'auteur. Tout usage quel
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